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Swiss Army Champion - le retour à la vie civile

Me voilà enfin de retour après quelques semaines d’absence. J’ai survécu à mon premier cours de répétition (plus que 111 jours à écoper dans le cadre de six cours à effectuer avant mes 34 ans), même si ce n’était pas toujours facile… Non, il ne faut pas imaginer que l’on me faisait faire des choses qui mettaient ma vie en danger (loin de là), mais ce n’est pas facile, pour un homosexuel, de vivre dans une ambiance où l’homophobie est encore très présente. Il faut faire abstraction des blagues salaces et des propos souvent ouvertement blessants que certains individus tiennent.

C’est vrai, je me dis que ça doit être le cadre et que dans la vie de tous les jours ces jeunes hommes devraient être un brin plus tolérants, mais j’ai de la peine à comprendre que l’on puisse affirmer sa virilité ou son « être homme » en s’attaquant et en humiliant des autres gens. Je ne me sentais pas attaqué directement, mais plusieurs fois j’ai eu la tentation de leur dire « je suis homosexuel », juste pour voir leur réaction et pour voir s’ils allaient tenir leur propos… je ne l’ai pas fait car j’ai encore six cours de répétition à faire et ce serait horrible de les faire dans un climat d’hostilité.

Je trouve que c’est assez incroyable de voir comment l’homosexualité fait encore peur dans ce monde de plus en plus « civilisé » ; on a peur de quelqu’un qui est différent… différent oui, mais qui n’a pas choisi de l’être. Pendant les premiers jours de ce CR j’ai entendu quelqu’un raconter une blague sur un homo qui arrivait en enfer : une autre personne l’a interrompu pour dire quelque chose qui ressemblait à « oui de toute façon ils ne méritent que d’aller en enfer avec leur choix de vie ! ». Je pense que le jour où l’on comprendra que l’homosexualité en soi n’est pas un choix de vie, eh bien on aura fait un grand pas (voir un bond) en avant. Le seul choix pour un homosexuel c’est d’accepter ou pas sa différence. Mais là je m’égare… je reviens à ce qui compte ici.

Malgré tous ces propos homophobes, je ne peux pas nier que je me suis bien marré pendant ces trois semaines… j’étais dans une petite équipe formidable, des gens avec qui le courant s’est bien passé (mis à part leurs blagues homophobes et le « bouton cul » enclenché en permanence) ; nous avions un noyau dur de blagues et de délires qui ont réchauffé les esprits pendant les longues heures de travail inutile que nous avons dû effectuer.

Car oui, le travail qui nous a été attribué n’était pas des plus utiles ou sympathiques. Comme j’ai peut-être déjà dit, je suis incorporé dans les troupes de soutien, c’est-à-dire ceux qui s’occupent du ravitaillement (de nourriture, essence et munitions) des autres troupes ; or le bataillon dont je fais partie est un bat. mob. (bataillon mobile)… on devrait donc s’occuper du transport des ravitaillements. Par je ne sais pas quel jeu machiavélique, ma compagnie (mais je suppose que tout le bataillon y est passé) s’est retrouvée à faire des rangements dans divers arsenaux de Suisse ; nous avons donc assuré la tâche qui devrait être accomplie par un autre bataillon.

Je trouve que c’est quand même débile (mais bon, quand l’armée n’est-elle pas débile ?) que l’on nous forme pour devenir des soldats de soutien « mobiles » et que l’on finisse par travailler dans des arsenaux. De plus que les travaux qu’on a dû faire pendant une petite dizaine de jours n’étaient que le travail qui découlait du retard accumulé par les employés des arsenaux. Ma petite personne a eu le plaisir et l’honneur de faire la connaissance de Ueli, mon chef, et du Zentrallager d’Othmarsingen (à côté de Lenzbourg, dans le canton d’Argovie). Ueli m’a fait faire des choses « très intéressantes » dans ce magasin où l’on stocke des pièces défectueuses venant de toute la Suisse. C’était, bien entendu, un travail pour lequel il ne fallait pas trop réfléchir et cela s’est vite révélé assez frustrant.

Je pense que ce qui m’a fait le plus cheese pendant ces trois semaines de Cours de répétition ce soit le fait que j’aurais pu employer ces trois semaines de manière plus « productive » et utile vis-à-vis de ma carrière universitaire. Si je n’étais pas parti dans la nature pendant presqu’un mois, j’aurais pu avoir terminé mon dernier essai d’anglais et commencé mes révisions pour les examens de février. Et encore, j’aurais même pu faire pas mal d’avance. J’ai donc eu le sentiment de perdre mon temps, de faire des choses « inutiles » et de passer ma vie à attendre que le temps passe ; et ceci est un sentiment que je n’aime pas du tout.

Heureusement, ces dernières trois semaines n’ont pas uniquement été caractérisées par le cours de répétition… D’autres choses ont bouleversé ma petite vie, mais pour savoir de quoi s’agit-il, il faudra attendre jusqu’au prochain article (qui ne va pas tarder à apparaître par ici). Je vous souhaite une bonne journée

Bien à vous

Votre Paadre dévoué