Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Cours de répétition 2012

 

 

Bonjour à toutes et à tous !

Blog 2012 - 147Je suis enfin de retour par ici après avoir passé vingt-deux jours sous les drapeaux pour mon cinquième cours de répétition, le premier dans mes terres natales (mais probablement pas le dernier). En effet, après Neuenegg (2007), Moudon (2008), Wittnau (2009) et Vaulruz (2010), mon parcours militaire m’a conduit à Isone dans une des casernes les plus connues de Suisse. Cette place d’armes, abrite l’école des grenadiers dont le renom en fait trembler plus d’un et en fait fantasmer d’autres ; en effet, cette école est connue dans tout le pays pour être la plus rude et la plus difficile de l’Armée : pour y accéder il faut faire un nombre de points exorbitant aux épreuves du recrutement (et notamment à l’épreuve sportive) et cela pour être soumis à un des entrainements les plus éprouvant parmi ceux qui sont imposés aux recrues de notre beau pays. Rien n’est jamais trop pour ce corps qui se considère (et est considéré) comme l’élite de l’Armée suisse.

Vous l’aurez compris, être recrue à Isone peut être considéré comme un privilège, un privilège qu’on gagne en suant et en crachant du sang, un privilège qui peut être enlevé en un rien de temps, comme l’ont appris à leurs dépenses la plupart des recrues qui se sont blessées (de manière plus ou moins grave) au cours de l’instruction ; en effet, une blessure peut compromettre à jamais une carrière dans le corps des grenadiers (l’armée ne prend quasiment plus aucun risque et préfère se couvrir les arrières).

Je suis convaincu que plusieurs d’entre vous sont en train de se demander comment votre serviteur soit parvenu à intégrer cette élite privilégiée. Eh bien, l’histoire n’est pas très passionnante : le bataillon auquel j’appartenais (le Bataillon mobile logistique 22) a été dissout en 2010 et tous les militaires qui appartenaient à cette formation ont été dispatchés dans les autres corps d’armée ; pendant un certain temps j’ai intégré la réserve stratégique de l’armée avant d’être déplacé à Isone où j’ai été incorporé en tant que Dienstsoldat (soldat de service). Du coup, je suis entré dans le sancta sanctorum de l’Armée suisse, sans pour autant intégrer son corps élite ; remarquez que je n’ai jamais eu cette ambition, surtout qu’au recrutement (en 2001) j’ai fait un nombre de points largement inférieur à celui qui était nécessaire pour appuyer de manière crédible toute ambition d’entrer chez les Grenadiers d’Isone.

Je vous avouerai qu’au début je n’ai pas été très ravi d’apprendre qu’on m’envoyait à Isone ; la réputation de cette place d’armes et de ses grenadiers avait tout pour me déplaire, de plus que je ne savais pas du tout quel était le rôle d’un soldat incorporé comme personnel de service ; je me voyais déjà récurer des toilettes crasseuses, balayer d’immenses places d’appel et nettoyer toute la saleté des Grenadiers. Finalement, le tableau n’a pas été aussi noir que je l’avais peint puisque je me suis vite rendu compte que le rôle de Dienstpersonal était vraiment celui de soutenir l’école des grenadiers dans l’instruction des soldats. Cela signifie qu’il m’a fallu participer à leurs exercices en tant que marqueur (en gros, il s’agissait de jouer le rôle de « l’ennemi » et de permettre aux Gren de mettre en pratique les techniques de combat apprises au cours de l’instruction), de garde de tir ou de garde tout court à l’entrée de la place d’armes.

Au cours des vingt-deux jours j’ai fait beaucoup de garde ce qui pouvait – à la longue – se révéler plutôt ennuyant ; mais au final j’y ai trouvé mon compte puisque ces longues heures passées dans le local de garde m’ont permis d’avancer dans la correction de mon mémoire. A cause de la garde, je suis même parti pendant cinq jours à Andermatt où les Grenadiers ont fait un exercice de survie en haute montagne pendant que votre serviteur et un autre soldat surveillaient leur campement ; le beau temps n’était pas tout le temps au rendez-vous (le vent soufflait très fort à deux-mille mètres), mais j’ai tout de même eu du plaisir à passer un peu de temps dans une région si chargée de signification pour l’histoire de notre beau Pays ; par ailleurs, une des highlights de cette semaine dans le Canton d’Uri, a été la visite du Pont du Diable dont l’importance dans la constitution du mythe du Gothard et de celui de la création de la Suisse ne fait plus aucun doute.

Ce cours de répétition a été très différent par rapport aux précédents ; lorsque j’étais dans le Bataillon mobile logistique 22, on nous faisait croire qu’on répétait ce qu’on avait appris à l’école de recrue, des tâches prévues pour les soldats de ravitaillement et logistique, alors qu’en fait on ne savait pas comment nous employer et donc on nous utilisait pour trier et ranger des arsenaux ou bien pour vider des vieux bunker. Cette année je n’ai rien fait de tout cela et ce ne fut probablement pas plus mal. En outre, au lieu qu’être dans une compagnie composée uniquement de soldats en cours de répétition, je me suis retrouvé à épauler une école de recrue, ce qui change forcément la donne ; certes, j’étais dans une section où nous étions tous des WK (pour Wiederholungskurs, Cours de répétition en allemand), mais nous devions respecter des règles de comportement que, certaines d’entre nous, n’avaient plus eues depuis notre école de recrue : tenue correcte, présence à l’appel principal du matin et conduite irréprochable étaient de mise pour tous, car on ne rigole pas avec la discipline à Isone, même si on a déjà passé la trentaine et on a presque fini ses jours de service. Malgré cela et malgré les exercices de nuit jusqu’à trois heures du matin (ou même huit heures), l’ambiance dans la chambrée des WK était bonne et j’ai vécu des moments de franche rigolade avec mes compagnons d’aventure (ou de mésaventure, c’est selon le point de vue…).

Je ne sais pas encore qu’est-ce qui me réserve la suite de mon parcours sous les drapeaux ; il est fort probable que je vais terminer mes jours de service à Isone, mais – compte tenu des moult changements d’incorporation auxquels j’ai dû faire face au cours de cette dernière décennie – rien n’est moins sûr ; ce qui est sûr, c’est qu’il me reste plus de jours que je le croyais ; je pensais avoir à peine une trentaine de jours à tirer et je me retrouve avec 54 ! Je vous avouerai qu’au début la nouvelle ne m’a vraiment pas fait plaisir, mais à présent j’essaie de prendre la nouvelle avec philosophie : s’il me reste plus de jours que prévu, cela signifie aussi que je pourrai passer plus de temps parmi les grenadiers et profiter pour faire un peu de lèche-vitrine ; car oui, cette Elite de l’Armée suisse, ne fait pas uniquement la fierté des hauts-gradés, elle est fort agréable à regarder ; imaginez une centaine de jeunes hommes âgés d’une vingtaine d’années, venant des quatre coins du Pays (80 % des cantons alémaniques) aux belles gueules et aux corps parfaitement sculptés musclés par des centaines d’heures de sport et d’exercices ; avouez que cela aurait été un délit de ne pas saisir ma chance et profiter de cette jeunesse triomphante à laquelle la vie a encore tellement de choses à offrir…

Enfin, je pense que pour ce soir je vais m’arrêter ici. Je vous laisse à quelques clichés que j’ai pris au cours de ces trois semaines et quelques jours au service de la patrie ; malheureusement je n’ai pas pris en photo les membres de l’école des grenadiers et cela malgré l’insistance d’une partie de celles et ceux qui ont suivi mes aventures militaires sur Face de Bique.


Blog 2012 - 149

Un des couloirs de la caserne d'Isone.


Blog 2012 - 165

Votre serviteur sous les drapeaux.


Blog 2012 - 150

Premier jour à Andermatt. La vue n'était pas au rendez-vous...


Blog 2012 - 151

... ce qui, visiblement, ne perturbe pas mes nouvelles amies.


Blog 2012 - 152

Le village d'Andermatt vu du campement des grenadiers (à 2000 mètres).


Blog 2012 - 153

Le terrain de jeux des grenadiers au-dessus d'Andermatt.


Blog 2012 - 154

L'empreinte de l'Armée suisse dans nos belles Alpes.


Blog 2012 - 155

Les tentes dans lesquelles les grenadiers ont dormi pendant une semaine. Elles étaient plus confortables qu'en avaient l'air.


Blog 2012 - 156

Une représentation de la célèbre légende du Pont du Diable. Le Diable, dupé par les montagnards de la Vallée d'Urseren, doit se contenter de l'âme d'une chèvre.


Blog 2012 - 157

Le Pont du Diable (l'ancien et le nouveau), la Reuss et les gorges des Schöllenen.


Blog 2012 - 159

Photo prise pendant la garde de tir au Tiglio. Au loin, ma terre natale de Bellinzona.


Blog 2012 - 158

Votre soldat dévoué.


Blog 2012 - 160

Un petit peu de compagnie pendant la garde de tir.


Blog 2012 - 148

The Initials B. B. ?


Blog 2012 - 161

Comment s'occuper à l'armée quand on s'ennuie (partie 1).


Blog 2012 - 162

Comment s'occuper à l'armée quand on s'ennuie (partie 2).


Blog 2012 - 163

La chapelle des Grenadiers, au-dessus d'Isone.


Blog 2012 - 164

 

Un dernier cliché pour la route...

 

 

Votre Stefano