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Du concept de virilité

 

« La culture gay a transformé le masculin, autorisant l'homme à davantage exprimer sa sensibilité. »

 

 

C’est en parcourant d’un regard distrait et fatigué (il était une heure du matin) le magazine Migros que je suis tombé sur cette citation. Ce propos est tenu par la sociologue Christine Castelain Meunier, appelée par l’hebdomadaire à s’exprimer sur les raisons pour lesquelles un nombre croissant d’hommes se fait la bise en guise de salutation au lieu que recourir à la traditionnelle – et très virile – poignée de main. L’article soulève des points intéressants, notamment au sujet d’une soi-disant nouvelle quête de sensibilité qui toucherait la gente masculine de notre société occidentale. Et encore une fois, force est de constater que la communauté homosexuelle a – une fois de plus – été en avance sur les temps et a devancé ce que pour le magazine Migros est devenu un phénomène de société. Si l’on suit la thèse avancée par Madame Castelain Meunier, ce rôle précurseur des homos s’explique d’ailleurs très facilement car (oui, oui, il paraît) les théières sont souvent plus en phase que les (hommes) hétérosexuels avec leur côté sensible parce qu’ils ne la perçoivent pas comme un trait caractéristique de la gente féminine et donc ils ne la refoulent pas.


Tout ceci est certainement vrai pour une partie des homos, mais il serait faux de faire des généralités hasardeuses ; je connais des gays qui ne « s’abandonnent guère à leur côté féminin », donc il ne faut pas voir dans ce discours une vérité absolue. Enfin, revenons aux hétéros sensibles : je trouve que cette prise de conscience des bienfaits de la sensibilité est une bonne chose : car qui a décidé que la sensibilité était à l’unique apanage des femmes ? A une époque où nous œuvrons inlassablement à la parité des sexes, ne serait-il pas normal que les hommes accèdent à des prérogatives qui ont si longtemps été réservées aux femmes ? Après la femme à l’usine et l’homme derrière les fourneaux, pourquoi ne pas avoir un homme qui n’a plus besoin de retenir ses larmes et de cacher sa sensibilité afin de ne pas compromettre l’image virile qu’on a de lui ? Personnellement, en tant qu’homosexuel, je peux assurer ces messieurs que ce n’est pas parce que je laisse libre cours à ma sensibilité que je me sens moins viril ou masculin qu’un champion de lutte suisse…

D’ailleurs, il faut dire que l’homme du XXIe siècle s’est rendu compte qu’il n’est pas nécessaire de roter, jurer et jouer à l’homme viril pour affirmer sa propre masculinité. Ce n’est probablement pas un hasard qu’aujourd’hui beaucoup d’hommes prennent autant soin d’eux que les femmes, qu’ils passent des heures chez le coiffeur ou chez l’esthéticienne et qu’ils sont devenus aussi bons clients que les femmes pour les chirurgiens esthétiques. Pour tout dire, je pense que le phénomène de costume décrit dans l’article ne se limite pas à la bise, mais touche aussi la manière d’apparaître de l’homme ; au cours de ces dernières années nous avons vu naître les métrosexuels, les übersexuels et d’autres sortes de prototypes masculins, lancés par le monde de la mode, qui semble (enfin !) se rendre compte de l’existence des hommes.

Je ne peux qu’applaudir et me réjouir de ce nouveau prototype d’homme viril et sensible que l’avenir nous réserve. Ne serait-il pas merveilleux de faire fi et – avec un simple claquement de doigts – passer outre ces idées archaïques et préconçues de virilité pour apprendre à exprimer et à s’exprimer en toute liberté ? Hélas, le chemin est encore long et tortueux ; il n’est pas facile de balayer des siècles d’obscurantisme et de retenue ; certains obstacles seront difficiles à abattre et certaines barrières résister plus que d’autres, mais l’avenir est en marche et rien ne pourra l’arrêter.

Merci de votre attention.

Votre Stefano

Ma Suisse en 720 mots

 

Un pour chaque année.

Je ne raterais pour rien au monde les festivités du Premier-Août car elles commémorent l’Acte qui est à l’origine de la Success story helvétique. Que l’on aime ou pas ce petit pays au cœur de l’Europe, on est forcé de reconnaître qu’il représente un succès qui persiste depuis désormais sept-cents-vingt ans. Qui aurait pu parier, en 1291, que un pacte défensif à durée déterminée conclu entre les populations rurales de trois vallées des Alpes centrales se serait développé jusqu’à devenir un réseau très complique d’alliances constitué de XIII cantons, plusieurs alliés et baillages qui rien ou personne n’a pu ébranler jusqu’à la Révolution française ? Et qui aurait cru qu’après la malheureuse occupation française de 1798 le pays se serait relevé, d’abord avec la Médiation de Napoléon, puis avec le Pacte de 1815 et – enfin – avec la Constitution fédérale de 1848 ? Pendant ces cinquante années, les plus sombres et mouvementés de l’histoire helvétique, je n’aurais pas donné cher pour notre peau ; on a été à deux doigts d’être démantelés et partagés entre les grandes puissances européennes sorties victorieuses de Waterloo.


Pacte fédéral 1291

Le Pacte fédéral de 1291.


Mais nous avons survécu. Ce petit peuple courageux du cœur des Alpes a su reconstruire un pays encore plus beau que la Confédération d’Ancien régime… car toutes ces révolutions ont tout de même apporté du bon : les anciens baillages et certains territoires alliés ont été élevés de leur rang de « servitude » au rang de républiques souveraines ; ainsi, l’Acte de médiation a créé XIX cantons (dont mon Tessin natal) ; avec le Pacte de 1815, les cantons sont devenus XXI (parmi les nouveaux arrivés, Neuchâtel, qui gardera tout de même un statut hybride de canton suisse et principauté prussienne jusqu’en 1848).


XIII Cantons

La Confédération des XIII Cantons avant la Révolution.

 

Depuis la création du Canton du Jura (1978), la Suisse est composée de vingt-six cantons (ou, pour être plus précis, de vingt cantons et six demi-cantons) qui forment autant de républiques autonomes possédant leurs chefs-lieux (le « terme » capitale devrait être employé uniquement pour la capitale fédérale qui, pour rappel,  est Berne), leurs gouvernements, leurs particularités linguistiques, religieuses, économiques et sociales. Ces républiques forment donc des états uniques au sein de la Confédération (d’ailleurs, du point de vue technique, la Confédération helvétique (CH) n’est pas une confédération, mais un Etat fédéral, à l’instar des Etats-Unis qui ont servi de modèle lors de la restauration du pays en 1848). J’aime beaucoup ces différences cantonales car elles se répercutent sur leurs populations et – bien entendu – sur les stéréotypes que nous avons de nos con-nationaux.


Acte de médiation

L'Acte de médiation de 1803.


Je disais plus haut que la Suisse est une success story qui dure depuis sept-cent-vingt ans et cela pour plusieurs raisons ; tout d’abord parce que, comme je viens de l’exposer, elle s’est créée à partir de trois vallées rurales d’Europe centrale et s’est développée alors que le pacte conclu par Uri, Schwyz et Nidwald n’était pas censé être perpétuel. Ensuite, parce que l’Helvétie a tenu bon malgré des différences qui ont souvent été fatales à d’autres nations. Nos ancêtres ont su dépasser les différences politiques : jusqu’à 1848 il existait d’immenses différences de régime politique entre les cantons ; il y avait des cantons à Landsgemeinde, des cantons dirigés par des oligarchies patriciales, des baillages communs administrés par les autres cantons, des villes dirigées par des princes-évêques,… bref un beau mélange d’individualités aux besoins et aux intérêts variés. En plus des différences politiques, il y avait des différences linguistiques entre les souverains (principalement alémaniques) et les sujets (francophones et italophones) et des différences confessionnelles qui ont même amené à quelques escarmouches sanglantes entre Catholiques et Protestants.


Serment du Grutli

Le Serment du Grütli - 1er août 1291.


La Suisse a été et reste donc un grand melting-pot où la tolérance envers l’autre n’a peut-être pas toujours été au rendez-vous, mais qui a survécu. On m’a souvent demandé comment faisons-nous pour nous entendre étant donné qu’il semblerait y avoir plus de choses qui nous divisent que de choses qui nous unissent. Je ne pense pas que ce soit le cas ; je pense qu’il existe un sentiment d’appartenir à une nation suisse, et cela malgré nos différences. Il suffit d’ailleurs demander à un Romand s’il ne voudrait pas être Français plutôt que Suisse ou à un Tessinois s’il ne voudrait pas être Italien ; la réponse est invariablement la même : NON.

Merci de votre attention

Votre Stefano